J’ai récemment vu passer dans les médias le titre du livre de Loic Prigent « J’adore la mode, c’est tout ce que je déteste ». Cette phrase m’a interpelée car elle m’a rappelée certaines réflexions qui m’ont marquées du psychologue américain Carl Rogers.
Nous aimons souvent penser que pour être « cohérent », il faudrait être une seule chose, ressentir une seule émotion, adopter une seule posture. Pourtant, la vie psychique est faite de contradictions. Et peut-être que devenir soi, ce n’est pas les résoudre, mais apprendre à vivre avec elles.
En lisant Le développement de la personne de Carl Rogers1, et notamment sa réflexion autour du processus « être son organisme, son expérience », une idée m’a particulièrement marquée : nous n’avons pas à nous diviser entre des parts opposées de nous-mêmes. Les deux peuvent exister. Nous pouvons être à la fois empathiques et jugeants, confiants et traversés par le doute, aidants et fragiles. Ces ambivalences ne nous disqualifient pas, elles nous rendent humains.
Je peux aimer profondément et ressentir de l’agacement.
Je suis fort·e, et parfois je m’effondre.
J’ai besoin de solitude, mais je déteste me sentir seul·e.
Je peux être compétent·e et douter de moi.
Dans la clinique, il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui souffrent précisément de ces contradictions internes. Ressentir deux émotions opposées peut devenir insupportable, au point de remettre en question sa valeur personnelle ou sa légitimité. Pourtant, éprouver du jugement n’efface pas l’empathie, pas plus qu’un comportement que l’on n’apprécie pas n’annule l’ensemble de ce que l’on est.
Nous ne sommes pas une succession de rôles étanches — au travail, en famille, en société — mais un tout, composé de facettes multiples qui s’expriment différemment selon les contextes. Ne pas tout montrer partout ne signifie pas que certaines parts n’existent pas. Un moment d’inconfort, de doute ou de maladresse ne définit pas l’intégralité de notre identité.
Dans une société qui valorise souvent des identités simples, lisibles et univoques, accepter sa pluralité peut être un véritable défi. Et pourtant, c’est peut-être là que réside un apaisement possible : se reconnaître comme une personne entière, avec des aspects que l’on apprécie et d’autres moins, sans que les uns n’effacent les autres.
Ainsi, comme le propose Carl Rogers, être soi n’implique pas de se réduire à une seule définition, mais de pouvoir se reconnaître dans la pluralité de son expérience.
Carl Rogers
Psychologue américain (1902‑1987), fondateur de la psychologie humaniste.
Développe la thérapie centrée sur la personne, basée sur l’empathie et l’acceptation de soi.
Met l’accent sur l’actualisation du potentiel humain et l’accueil de toutes les parts de soi.
Influence majeure en psychologie, éducation et développement personnel.
1 Carl Rogers, Le développement de la personne, Dunod, 1961.
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